Les législateurs français vont organiser un vote de défiance qui pourrait entraîner la chute du gouvernement minoritaire dirigé par le Premier ministre Michel Barnier. Ce gouvernement a eu du mal à faire passer un projet de loi de finances pour 2025 visant à réduire l'important déficit de la France. S'il tombe, Michel Barnier devra démissionner, laissant au président Emmanuel Macron la tâche difficile de nommer un nouveau premier ministre. Toutefois, aucun parti ne détient actuellement la majorité à l'Assemblée nationale, qui est fortement divisée, et des difficultés similaires ont été rencontrées lors de la formation du gouvernement il y a trois mois à peine.
Si le gouvernement s'effondre, l'avenir de la politique fiscale devient incertain. Sans majorité claire, le pays risque d'entrer dans une phase intérimaire qui pourrait durer des mois. De nouvelles élections ne peuvent être organisées avant l'année suivante et une autre possibilité - bien que lointaine - est que la démission du président déclenche des élections présidentielles dans les 35 jours. Un tel scénario laisserait le projet de loi de finances dans les limbes, ce qui rendrait improbable tout accord de dernière minute pour le finaliser.
En l'absence d'un nouveau budget approuvé, le gouvernement intérimaire aura probablement recours à une mesure juridique spéciale qui permettrait de maintenir les processus actuels de collecte des impôts, de reporter les comptes de cette année sur 2024 sans les réductions de dépenses ou les augmentations d'impôts prévues, et d'éviter un défaut de paiement. Toutefois, cela signifierait également que les réformes fiscales structurelles resteraient en suspens. Les analystes préviennent que cet environnement pourrait aggraver les tensions économiques existantes : les coûts d'emprunt pour la France augmentent et le sentiment négatif frappe l'euro alors que les faibles données manufacturières de la zone euro élargie et la volatilité politique dans les pays voisins ajoutent à l'incertitude.
L'augmentation des coûts d'emprunt pour la France pourrait rendre son déficit budgétaire croissant plus coûteux à financer, ce qui affaiblirait encore la confiance des investisseurs. Certains observateurs notent que la France risque de ne pas pouvoir faire face à ses obligations de paiement d'intérêts en l'absence d'un budget approprié, en raison d'une impasse juridique et procédurale, et non parce qu'elle ne dispose pas des fondamentaux économiques nécessaires. On craint que les investisseurs mondiaux, qui préfèrent des rendements prévisibles et stables, ne délaissent les obligations d'État françaises au profit d'alternatives plus fiables, ce qui risquerait d'entraîner la dette française dans une direction moins durable.
Avant ces tensions politiques, les économistes avaient déjà réduit leurs prévisions de croissance pour la France, en partie à cause des projets d'augmentation significative des impôts et de réduction des dépenses dans la proposition de budget actuellement bloquée. Si le nouveau budget n'est pas adopté, le pays ne parviendra pas à réduire son déficit de 6 % du PIB à l'objectif de 5 % en 2025. Cela signifierait que la France continuerait à ne pas respecter les nouvelles règles budgétaires plus strictes attendues de l'Union européenne. Des déficits obstinément élevés et des niveaux d'endettement croissants réduisent la marge de manœuvre budgétaire en cas de nouveau ralentissement de la croissance.
Une période de transition prolongée sans nouveau budget est également susceptible d'affaiblir la confiance des consommateurs et des entreprises. Les consommateurs pourraient devenir plus prudents, augmentant leur taux d'épargne et affaiblissant le rebond des dépenses sur lequel le gouvernement comptait pour ses futures recettes fiscales. Au fil du temps, le fait de dépendre trop fortement de l'épargne nationale pour financer les opérations du gouvernement peut peser sur les perspectives de croissance économique.
Malgré l'agitation politique en France, les comparaisons avec d'autres pays européens offrent un confort mitigé. À certains égards, la France reste confrontée à un défi moins redoutable que les économies qui doivent faire face à des changements structurels majeurs, tels que l'adaptation aux nouvelles réalités énergétiques ou l'abandon d'industries établies de longue date. Toutefois, rien de tout cela n'est suffisamment rassurant pour les investisseurs qui recherchent la stabilité. En l'absence de solutions politiques urgentes pour rétablir la viabilité budgétaire et adopter un budget crédible, la France risque de voir ses difficultés économiques s'aggraver, avec une croissance plus faible et une augmentation du fardeau de la dette qui jetteront une longue ombre sur l'avenir du pays.